Portfolio

Des liens invisibles

Les icebergs sont d’origine terrestre.
Tous partent en morceaux, s’effondrent.
Formes octogonales.
Triangle et transformation.
On zoome et on élargit notre vision dans cette étendue de possible.
Détails et blocs, tout peut apparaître.
Une lente succession fragmentée.
Multicolore.
Sous la glace.
Trous bleus, noirs.
Humides et sombres comme une archive infinie.
Devant la mer coule, se dissout, semble finir de manière horizontale.

L’espace de la feuille devient l’espace.Un espace mental. Une pratique de l’intérieur.
Insulaire, je répète mon geste l’amplifiant à peine, le réduisant à peine, tour à tour, établissant une trajectoire. D’un endroit à un endroit. D’un îlot à l’autre. Tracer, fractionner, exploser, colorier, aplatir. Approcher les points de rencontres entre figuration et abstraction, où ces deux notions glissent l’une vers l’autre, s’effacent pour ne plus parler que de formes, de contours, de surfaces et de traits.

Celmins: ...I’ve always been interested in very impossible images. Things blowing up, things disappearing in a breath. Things like the sky, which doesn’t even exist. There is no thing like
the sky. It’s like totally...who knows what it is.
Gober: Unfathomable.
Celmins: Right. And then trying to invent it on another surface.

Et maintenant il n’y a plus de terre. Par ce voyage en mer, vers l’Antarctique mes préoccupations s’étirent. Le temps devient un élastique. Face à l’océan la terre semble un bateau.
Des situations se construisent. Se dilatent, se contractent d’un pôle à un pôle. Une planche fendue au milieu en légère forme de cacahuète, devant mes yeux, pour ne voir qu’en partie. Une vie invisible faite de couvertures, de cratères illimités et immobiles.
Dans cette cabine je peux à la fois mesurer un millimètre et remplir la pièce entière.
Dans le bateau les objets lévitent, entrent en méditation comme des cascadeurs.

Une perspective où proche et lointain seraient semblables.
Un lieu intérieur structuré selon un ordre caché.
Il y a encore des contours, des traits et des surfaces mais ni réel début, milieu ou fin.
Ailleurs, sa forme est comme un chaos qui divise l’infini:
Un paysage holistique.
Multipiste.

Anne Colomes, KazaK-6-Le paysage, janvier 2009.